Une large alliance de la société civile lance un référendum contre l’accord de libre-échange avec la Malaisie, qui prévoit des allègements douaniers sur 12 500 tonnes d’huile de palme. « Malgré les risques bien connus de déforestation et de travail forcé dans les plantations, le Conseil fédéral et le Parlement n’ont pas prévu de mesures d’accompagnement efficaces. Nous lançons ce référendum car nous devons arrêter de fermer les yeux sur la face cachée des produits qui arrivent sur le marché suisse », explique Johanna Michel du Bruno Manser Fonds. Cet accord crée des incitations supplémentaires à une expansion de la production d’huile de palme, qui a des effets dévastateurs sur les forêts tropicales mais aussi sur les droits des personnes qui travaillent dans les plantations et sur ceux des communautés locales.

L’accord avec la Malaisie n’apporte aucune amélioration par rapport à l’accord de libre-échange conclu avec l’Indonésie, un traité controversé qui a été rejeté en mars 2021 par 48,6 % des votant-e-s. Bien au contraire, puisque la Malaisie exporte beaucoup plus d’huile de palme que l’Indonésie : en 2025, le pays était le deuxième fournisseur d’huile de palme de la Suisse. La réduction prévue des droits de douane ne ferait qu’accroître sa part de marché. L’accord est également critiqué par l’ONU, car il contient une clause qui oblige la Malaisie à renforcer la protection de la propriété intellectuelle sur les semences. Les organisations paysannes du pays s’y opposent, car elles risquent de ne plus pouvoir continuer à reproduire librement leurs semences. « Cet accord porte gravement atteinte aux droits des paysannes et des paysans sur leurs semences et menace la sécurité alimentaire en Malaisie », précise Simon Degelo de SWISSAID.

La politique commerciale de la Suisse semble donc accorder une importance toute relative aux principes de durabilité et de respect des droits humains. « En comparaison internationale, la Suisse est à la traîne en matière d’interdiction des importations issues de la déforestation des forêts tropicales et du travail forcé. Elle doit rattraper ce retard, notamment dans la perspective des futurs accords de libre-échange », souligne Carla Hoinkes de Public Eye. En effet, l’UE s’est déjà dotée de règlements contre la déforestation et le travail forcé pour faire barrage aux produits issus de la destruction de l’environnement et de conditions de travail abusives, et les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni ont adopté des dispositions similaires. 

L’alliance s’engage en faveur d’une politique commerciale qui respecte et promeut les droits humains et les normes environnementales reconnus à l’échelle internationale. En collaboration avec les VERT-E-S et le PS, elle récoltera au cours des prochains mois les 50 000 signatures nécessaires au dépôt d’une demande de référendum.